De l’aide au développement au co-développement

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De l’aide au développement au co-développement

Cet article  a été rédigé pour répondre à Action contre la Faim, Action Santé Mondiale, CARE France et ONE dans le cadre de  « l’élaboration par leurs organisations d’un outil pour comparer l’engagement des candidat-e-s à l’élection présidentielle sur les questions d’aide au développement. Cet outil est mis en ligne aujourd’hui à l’adresse suivante : www.aide-developpement-2017.org. »

N’ayant obtenu que 2 points (!) malgré l’ensemble de nos propositions, nous les publions donc ici afin que chacun puisse se faire son avis  …

 

INTRODUCTION

Déjà dans son projet Un monde sans la City ni Wall Street – Un grand chantier pour demain, publié lors de sa campagne présidentielle de 2012, au chapitre intitulé « Objectif : de grands travaux à l’échelle de l’Europe, de l’Eurasie et du monde », Jacques Cheminade affirmait : « La priorité absolue, les moyens étant réunis [après la réforme du système financier mondial qu’il propose], est de remettre l’économie physique au service de l’homme en reprenant l’initiative en

matière de progrès technique et d’innovation. Les transports terrestres à grande vitesse, le nucléaire de IVe génération, la fusion nucléaire et l’exploration spatiale doivent le fondement de cette politique. (…) La réalisation des objectifs communs de l’humanité redonnera sens à notre aventure collective. »

L’Afrique était au cœur de sa campagne car nous avons une dette envers elle. Toutefois, ce n’est pas par l’aide au développement que nous ne pourrons nous en acquitter, mais en redonnant à l’Afrique sa souveraineté monétaire et politique, en mettant fin au néocolonialisme financier qui l’opprime aujourd’hui. Nous devons passer de l’ère de l’aide au développement à l’ère du co-développement.

Pour des raisons de clarté, je me concentrerai sur l’Afrique, mais les conceptions développées ci-dessous pour ce continent peuvent s’appliquer, sur le fond comme sur la forme, à tous les pays en difficulté. J’insiste que toute aide au développement doit avoir pour but ultime de donner à un pays la capacité de se développer par lui-même et pour lui-même. Dans quelle grande conférence internationale n’entendons-nous pas à chaque fois le fameux proverbe : « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. » Il est temps de passer de la parole aux actes.

 

J’ai l’intime conviction qu’avec ses forces en marche, libérées des dictateurs de toutes sortes, l’Afrique saura relever le défi de son propre développement.

 

 

I. Fin de l’aide au développement et début du co-développement :

Bannissons une fois pour toutes l’expression « aide au développement » pour la remplacer par « co-développement ». C’est ainsi que dans son programme présidentiel, M. Cheminade propose de donner un signal fort à ce nouveau partenariat :

« Résoudre le problème de l’Afrique implique d’abord de jeter la Françafrique à la rivière, avec ses mallettes, ses valises et ses barbouzes. L’Afrique doit se doter des moyens de son propre développement et de son indépendance réelle, de manière à ce que le capital humain puisse y rester. L’Afrique doit promouvoir l’équipement infrastructurel et social en organisant dans chaque pays un vecteur scientifique tirant son économie vers l’avant. C’était le rêve d’un Cheikh Anta Diop, d’un Lumumba, d’un Nkrumah, d’un Thomas Sankara : il est temps de le réaliser.

La dynamique mondiale de développement mutuel autour de la Nouvelle Route de la soie, de coopération ‘win-win’ [‘gagnant-gagnant’] initiée par les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et déjà bien entamée en Afrique, est une occasion historique, pour l’Afrique et la France, de redéfinir leur relation historique en reconnaissant que l’Afrique est non seulement bel et bien entrée dans l’Histoire, mais qu’elle est le berceau de l’humanité. La colonisation et la traite négrière ont mis fin à son développement naturel. Il faut aujourd’hui que le monde voie l’Afrique avec les yeux du futur. »

Proposition

« L’Etat français doit donner le signal du changement en créant un grand ministère de la Coopération, du Co-développement et de l’Intégration dont l’impératif sera une politique de développement mutuel autour de grands projets infrastructurels : remise en eau du lac Tchad, canal de Jonglei au Soudan, grande muraille verte, désenclavement de la RDC, trains à grands vitesse reliant les capitales africaines entre elles. »

II. Libérer l’Afrique francophone de la répression monétaire pour libérer les énergies locales

« La France est, en effet, le seul pays au monde à avoir réussi l’extraordinaire exploit de faire circuler sa monnaie et rien que sa monnaie, dans des pays politiquement libres. »

Joseph Tchundjang Pouemi

Monnaie, servitude et liberté. La répression monétaire de l’Afrique, 1979

Cet économiste ayant fréquenté les allées du FMI dans les années 1970, a vu comment le monétarisme, le pouvoir de l’argent, a pris le dessus sur les politiques de développement qui étaient discutées à l’époque par le mouvement des pays non alignés et les panafricanistes. Ce mouvement représentait quand même à l’époque 85 pays (2 milliards d’individus) qui se battaient pour mettre en place une banque internationale de développement, contre le FMI, comme l’avait proposé l’économiste américain Lyndon LaRouche en 1976.

(Pour en savoir plus : Larouche, Cheminade et l’histoire de la Nouvelle Route de la soie http://www.sebastienperimony.fr/routedelasoie/ )

Pouemi prend alors conscience qu’on ne peut pas comprendre les malheurs de l’Afrique sans comprendre la question monétaire, qui est pour lui « un phénomène social par essence ». Car la monnaie, comme l’a toujours défendu Jacques Cheminade, est l’attribut de toute souveraineté nationale car c’est de son utilisation que dépend le futur que l’on veut donner à son pays.

Pouemi disait : « Aujourd’hui, faute d’accorder aux questions monétaires l’attention qu’elles méritent, l’Afrique inflige à ses enfants, et plus encore à ceux qui ne sont pas encore nés, des souffrances tout à fait gratuites. » Triste prophétie au regard des souffrances actuelles.

Disons-le clairement : la France, et l’Europe maintenant, ont une politique officielle d’esclavage monétaire en Afrique à laquelle il faut mettre fin immédiatement.

La zone CFA, qui englobe quatorze pays, est divisée en deux parties : l’UEMOA, Union économique et monétaire ouest-africaine, avec sa banque la BCEAO. Elle comprend huit pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo.

La seconde, la CEMAC, Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, avec sa banque la BEAC, comprend six pays : Cameroun, République centrafricaine, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad.

Tout ces pays sont purement et simplement sous curatelle ! Ils ne maîtrisent ni leur budget, ni leurs dépenses, ni leur déficit, ni leur crédit. Et le curateur, c’est le Trésor public français ou la BCE…

Vouloir aider l’Afrique sans remettre en cause la zone du franc CFA revient en quelque sorte à changer de chaussettes sans s’être lavé les pieds !

Ce que ferait Jacques Cheminade, s’il était élu, sur la question du franc CFA est publié sur son site : Pour libérer l’Afrique de la dette et du pillage financier

( http://www.cheminade2017.fr/afrique-pillage-financier)

Propositions

1) L’Etat français doit donner le signal du changement en créant un grand ministère de la Coopération, du Co-développement et de l’Intégration, dont l’impératif sera une politique de développement mutuel autour de grands projets infrastructurels : remise en eau du lac Tchad, canal de Jonglei au Soudan, grande muraille verte, désenclavement de la RDC, trains à grands vitesse reliant les capitales africaines entre elles.

2) Les dettes « odieuses », contractées par les dictateurs passés et présents, doivent être purement et simplement abolies.

Des associations comme le CADTM (comité pour l’annulation de la dette du tiers monde), CCFD-Terre solidaire, Survie ou la Ligue panafricaine UMOJA en France, ont publié d’excellents documents sur le sujet, ouvrant la porte à la création de commissions d’enquête parlementaire pour mettre fin à ce système de pillage.

3) C’est pourquoi la France doit sortir de l’euro et contribuer à moyen terme à instaurer des monnaies nationales dans les pays de la zone CFA, associées à des banques de crédit public productif, suivant l’exemple de ce qu’avait fait Modibo Keïta au Mali en juin 1962.

Annexe :

Extrait du discours du premier président du Mali, Modibo Keïta, le 30 juin 1962.

« Dans quelques heures, exactement à zéro heure du 1er juillet 1962, la République du Mali disposera de sa monnaie nationale, le franc malien, ayant seul, désormais, cours légal et pouvoir libératoire illimité sur l’étendue du territoire national.

« Mes chers collègues, aussi loin que nous remontons dans le temps, l’histoire nous enseigne que le pouvoir politique s’accompagne toujours et nécessairement du droit régalien de battre monnaie, que le pouvoir monétaire est inséparable de la souveraineté nationale, qu’il en est le complément indispensable, l’attribut essentiel. Pouvoir politique et pouvoir monétaire ne sont donc, à dire vrai, que les aspects complémentaires d’une seule et même réalité : la souveraineté nationale. »

Voilà ce que nous souhaiterions entendre sortir de la bouche des dirigeants africains aujourd’hui.

 

III. Le co-développement : les grands projets d’infrastructures comme objectifs communs de l’humanité

Soyons sérieux, et parlons concret : développement signifie avoir des projets concrets et pas simplement énoncer quelques chiffres.

« J’inscrirai dans la loi l’objectif de 0,7 % du PIB à l’aide au développement, c’est la grandeur de la France et son intérêt », a déclaré Benoît Hamon, sans évoquer le moindre projet de développement, ce qui revient au même que de désigner le monde de la finance comme adversaire sans proposer de réformer le système bancaire.

Comme énoncé dans l’introduction, Jacques Cheminade mettra en place un ministère de la Coopération, du Co-développement et de l’Intégration. Une politique « gagnant-gagnant » à l’image de ce que font aujourd’hui les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), grâce à la Nouvelle Banque de développement (NBD) et à la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII).

Proposition

« L’Europe se désintègre de l’intérieur mais repousse ceux qui, n’ayant pas d’avenir dans leur pays, veulent trouver ici de quoi survivre.

« Dans la logique de mon projet, au contraire, nous devons être à la fois capables d’assurer le développement des pays d’où viennent ces immigrés et de les intégrer le mieux que nous pouvons chez nous. Accueil et co-développement devront ainsi définir, comme un tout cohérent, la mission universelle de la France. La vérité est que la nécessaire régulation de l’immigration ne peut être mise en place que de deux façons : en assurant le développement des pays du Sud pour y créer des emplois qualifiés, hors de la tutelle du Fonds monétaire international (FMI) et de l’ordre financier international actuel, et en créant avec eux de vraies formules de co-développement et de partenariat pour la formation et l’intégration.

« La solution est de considérer les êtres humains comme des êtres humains, et non des variables d’ajustement ou des kleenex à jeter après usage. »

Sur les grands projets infrastructurels, il s’agit de mettre en place des corridors de développement, des plateformes de décollage de l’économie physique des pays concernés autour des quatre axes prioritaires que sont l’agriculture, les transports, l’énergie et l’eau.

Comme mentionné dans le point n° 9 des objectifs du développement durable, « Industrie, innovation et infrastructures » : « L’effet de multiplication d’emplois de l’industrialisation a un impact positif sur la société. Chaque emploi dans le domaine de la fabrication crée 2,2 emplois dans d’autres secteurs. » C’est cette conception du développement qui est au cœur de notre approche économique.

Près de un milliard d’individus vivent encore aujourd’hui dans l’extrême pauvreté. On entend souvent parler de cette misère d’un point de vue monétariste, à savoir que ces hommes, ces femmes, ces enfants ont moins de 2 dollars par jour pour vivre. Cela n’a aucun sens du point de vue de l’économie physique, l’argent n’ayant aucune valeur intrinsèque. Nous constatons que cette approche financière détourne l’attention des problèmes vitaux de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants, qui ont besoin, non pas de 2 dollars par jour, mais bien d’un emploi productif et de perspectives professionnelles leur permettant de se nourrir, de se vêtir, de se soigner et de s’éduquer. Nous rejetons donc cette conception monétariste au profit de critères physiques (espérance de vie, mortalité infantile, niveau d’éducation, accès à l’eau potable, autosuffisance alimentaire, etc.).

Au point n° 2, « Faim zéro », vous relevez que « 795 millions de personnes souffrent actuellement de la faim et 2 milliards de personnes supplémentaires sont attendues pour 2050 ».

Nous réfutons toute approche malthusienne de l’économie, qui considère la planète comme un gâteau à partager, que les ressources seraient par nature limitées et qu’il faudrait stopper la croissance démographique. Tout cela est en opposition complète avec notre conception de « potentiel de densité démographique » et de « flux de densité énergétique », qui se veulent à la fois les indicateurs d’une société capable de nourrir et de faire travailler tous les habitants de cette planète, mais également de prendre en compte les ressources nécessaires pour le futur par le développement scientifique et technologique.

Nous proposerons la tenue d’un débat sur la légitimité du point n°12 des objectifs du développement durable sur la « Consommation et production durable ».

Sur le concept de « potentiel de densité démographique relatif », développé par Lyndon LaRouche : http://www.solidariteetprogres.org/blog/alors-vous-voulez-tout-savoir-sur/potentiel-densite-demographique-relatif.html?parcours=13337

Sur le concept de « densité de flux énergétique », développé par Lyndon LaRouche : http://www.solidariteetprogres.org/blog/alors-vous-voulez-tout-savoir-sur/densite-flux-energetique.html?parcours=13337 )

La capacité de la planète à nourrir les individus qui l’habitent ne dépend que du niveau de développement intellectuel et technologique de la société dans laquelle ils évoluent.

N’était-il pas ridicule d’entendre Nicolas Sarkozy parler de « choc démographique » et s’inquiéter en juillet 2015 sur TF1 : « L’Afrique, 1 milliard d’habitants aujourd’hui, 2,3 milliards dans trente ans », avant d’évoquer le risque de voir « 600 millions de jeunes Africains sans travail, qui voudront venir vivre en Europe » !

Est-ce utile de rappeler que la densité démographique de la République démocratique du Congo est de 36 habitants/km2 contre 98 pour la France, et qu’on ne dit pas que la France est surpeuplée !

Quatre exemples de grands projets que nous proposons dans cette approche du co-développement :

1 – Le Transaqua :

(Voir le projet complet : http://www.solidariteetprogres.org/orientation-strategique-47/lac-tchad-poumon-d-eau-et-vecteur.html )

Aujourd’hui, le lac Tchad se meurt. S’étendant sur 315 000 km2 au paléolithique, il n’a cessé de se contracter depuis, surtout dans la période récente. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 25 000 km2 en 1964, 2500 km2 en 2008 et, toutes choses égales par ailleurs, disparition programmée pour 2020. Cette mort serait un désastre écologique : désertification, effondrement de l’agriculture vivrière, de l’élevage et des ressources halieutiques, population condamnée à la famine ou à l’exil, Afrique centrale renvoyée « au cœur des ténèbres ». Il est donc vital de le sauver.

Le projet Transaqua, proposé pour la première fois en décembre 1982, puis en février 1985, par Bonifica, société de travaux publics du conglomérat italien IRI, constitue une référence fondamentale. Il s’agit d’aménager le bassin du Congo pour revitaliser le lac Tchad, en transférant environ 100 milliards de m3 d’eau douce du fleuve Congo (à peine 5 % de son débit), de toutes façons perdus en se déversant dans la mer. L’on prévoit pour cela de construire un canal de 2400 km du Kivu à la République centrafricaine, où il rejoindrait le Chari pour alimenter le lac. La conception est celle de la création d’un milieu de vie « le long du projet » et non simplement de l’alimentation finale en eau. C’est pourquoi ce type de projet vital, en mesure de transformer la biosphère, nous paraît préférable à un simple projet d’aménagement pour la circulation de l’eau du bassin Oubangui-Chari-Logone ou d’un transfert d’eau par aqueduc, par nature plus limité.

L’on peut aussi envisager, comme le préconise l’Institut Schiller, de construire un ou plusieurs barrages de retenue en amont de Bangui, en République centrafricaine, ainsi que de puissantes unités de pompage alimentées par des centrales nucléaires à haute température de quatrième génération, en coopération avec la France, la Chine, l’Inde et la Russie.

Quoi qu’il en soit, le projet doit créer un vaste milieu de vie au cœur de l’Afrique.

Cela suppose, en ce qui concerne le lac, de penser à l’échelle du bassin conventionnel (1 053 455 km2 en incluant une partie du Soudan, soit plus de 50 millions d’êtres humains), à moyen terme, pour l’étendre par la suite aux autres pays intéressés (Burkina Faso, Bénin, Togo, Guinée, les deux Congo) puis à toute l’Afrique centrale. L’approche est de revitaliser le lac et d’en accroître la profondeur (elle est actuellement de 1 à 7 mètres, ce qui le rend très vulnérable à l’évaporation) mais surtout de créer, sur les sols très riches abandonnés par l’eau depuis des milliers d’années, des canaux et des polders.

Ainsi se développera un milieu de vie, par la respiration du poumon vert, qui rendra complémentaires les activités de pêche (avec la création de fermes halieutiques), d’agriculture (avec une extension des cultures maraîchères) et d’élevage (en organisant des couloirs de circulation pour le bétail et en évitant que la désertification pousse les éleveurs vers le Sud).

Le lac retrouvé, plus le canal Kivu-Tchad, permettront d’irriguer des zones pouvant atteindre 50 000 à 70 000 km2 (environ la superficie de l’Italie du sud). Dans toute cette région, des ressources en énergie hydroélectrique pourront être engendrées tout le long de la « chute » vers le Tchad, qu’on peut estimer entre 30 et 35 000 mégawatts. Avec ces ressources pourront être mises en place les industries de transformation (alimentaires, textiles, etc.) indispensables au développement et à la réduction de la vulnérabilité aux marchés extérieurs.

C’est sur cette combinaison eau-agriculture-pêche-élevage-énergie-industries de transformation que repose un avenir régional intégré. Ajoutons qu’une « autoroute fluviale » pourra alors désenclaver l’Afrique centrale en la mettant en rapport avec la transafricaine Ouest-Est Lagos-Mombassa et la transsaharienne Nord-Sud Alger-Lagos.

2 – La grande muraille verte

(Voir le projet complet : http://www.sebastienperimony.fr/la-grande-muraille-verte/)

Sankara fut le premier président africain à sensibiliser sa population au problème de la désertification et lança une campagne massive de reforestation sous le slogan « un village un bosquet ».  Des millions d’arbres furent ainsi plantés au Pays des hommes intègres. Le projet de ceinture verte autour de la ville de Ouagadougou avait même été lancé. Toutefois, le capitaine Sankara avait de plus grandes ambitions pour développer son continent et il démarchait déjà ses voisins présidents en vue de réaliser une grande ceinture verte transnationale. Ce projet connu aujourd’hui sous le nom de « grande muraille », est promu par l’Agence panafricaine de la grande muraille verte.

Une muraille verte de 7000 km de long sur 15 km de large entre Dakar et Djibouti …

Ce projet concernerait les onze pays suivants : SénégalMauritanieMaliBurkina FasoNigerNigeriaTchadSoudanÉthiopieÉrythrée et Djibouti.

Au delà du fait d’atténuer les effets de la désertification, on pourra par une approche de développement intégré créer un ensemble d’activités agro-sylvo-pastorales génératrices de revenus et d’emplois.

Or, malgré les actes concrets posés par Sankara et toutes les conférences qui ont eu lieu depuis, le projet n’avance quasiment plus. Seul le Sénégal, dont l’ancien président Wade en avait fait l’une de ses priorités, a réalisé quelques avancées, avec par exemple l’opération qui a réuni, en septembre 2009, des militaires français et des civils sénégalais pour le reboisement de 7200 ha.

Un projet similaire a été lancé en Chine à la fin des années 1970, destiné à freiner la progression du désert de Gobi, qui mange chaque année 3600 km2 de prairies… sans compter les tempêtes de sable qui ravagent les terres arables et causent d’importants dégâts dans les centres urbains.

En 2009, la plantation d’arbres en Chine a atteint 500 000 km2, ce qui en fait la plus grande forêt artificielle du monde.

La reforestation est un enjeu majeur pour l’avenir de l’Afrique du Nord, car la raréfaction des ressources causée par l’avancée du désert engendre inéluctablement des conflits entre éleveurs transhumants, agriculteurs, pécheurs, sédentaires et nomades.

La reforestation permettra donc d’arrêter l’ensablement, de limiter l’érosion et de faciliter la pénétration de l’eau dans le sol et donc de l’enrichir.

Ce projet aura pour première conséquence de créer une zone de développement agricole pour les populations de cette zone. Et pour une fois, un mur ne sera pas érigé pour séparer les individus et les peuples mais pour les réunir autour d’un projet commun utile à tous.

3 – Désenclaver la République démocratique du Congo

(Voir le projet complet : http://www.sebastienperimony.fr/projet-lumumba-2050/)

Comme le voulait Patrice Lumumba et tout le peuple congolais, et comme le chantait Franklin Boukaka dans sa célèbre chanson « Pont sur le Congo », il faut rebâtir le pays…

La construction d’un pont entre Kinshasa et Brazzaville pourrait être le symbole d’une renaissance en Afrique, incarnant un changement complet dans les relations entre les pays africains eux-mêmes. Grâce à lui, le transport rapide de passagers et de marchandises deviendra la clé de voûte du développement du bassin du Congo, dans un premier temps, puis de l’ensemble de l’Afrique. Ce sera donc un projet pionnier, un pont vers le futur, la première pierre de la Renaissance africaine tant attendue.

D’environ quatre kilomètres de long, ce pont permettra le passage de dizaines de milliers de personnes par jour, grâce à deux lignes de chemin de fer pour marchandises et voyageurs et une autoroute à quatre voies reliant les deux capitales… sans oublier des voies piétonnes et des pistes cyclables.

Il faudra bien sûr en construire d’autres, enjambant le fleuve Congo à son embouchure, par exemple, afin de relier la partie nord du port de Boma et la partie sud de Matadi. Plus au nord, d’autres seront nécessaires, comme près de Mbandaka et à Kisengani. Egalement sur l’Oubangui entre Zongo en RDC et Bangui en Centrafrique, ou encore à Bondo sur l’Uele, au nord de la RDC.

Mais la plateforme de décollage de la Renaissance en Afrique devrait être l’équipement immédiat de tout le territoire en transports ferroviaires modernes, utilisant le train à lévitation magnétique ou l’aérotrain. Pour la RDC, la priorité est de désenclaver le pays lui-même, en créant une boucle intérieure partant de Kinshasa et empruntant l’itinéraire suivant :

Kinshasa→Bandundu→Mbandaka→Basankusu→Lisala→Bumba→Buta→Bambili→Isiro→Niania→Bunia→Butembo→Bukavu→Kasongo→Mbuji-Mayi→Kanaga→Ilebo→Bandundu.

Puis Buta → Kisengani → Kasongo, puis Mbuji Mayi vers Lumumbashi.

L’ensemble fera approximativement 4700 km.

Sur l’énergie :

Les pays du sud-ouest voisins de la RDC comme la Namibie, le Botswana, l’Angola et l’Afrique du Sud, l’ont rejointe pour développer une capacité de production hydroélectrique de 3500 à 4500 mégawatts supplémentaires sur le site d’Inga III, sur le fleuve Congo au sud-ouest de Kinshasa.

La production totale d’électricité de ce site pourrait atteindre 45 000 mégawatts à l’avenir, une capacité correspondant à deux fois le barrage des Trois Gorges, en Chine. De plus, la capacité de production hydroélectrique des affluents du fleuve Congo pourrait atteindre 100 000 mégawatts, grâce à l’utilisation des rapides à Kisangani, Kasongo ou ailleurs par la suite, ainsi que d’autres chutes entre Kinshasa et Matadi (du fait du dénivelé de 250 m), qui pourraient permettre la construction d’autres barrages hydroélectriques.

C’est par la mise en place de ces infrastructures économiques de base que pourra enfin s’élever au cœur de l’Afrique une nouvelle espérance pour les générations à naître.

4 – Le système Faguibine pour sauver réellement le Mali 

(Voir le projet complet : http://www.sebastienperimony.fr/video-article-sur-le-mali/)

C’est pour cette raison que Jacques Cheminade, dans ses communiqués sur la guerre du Mali, posa comme condition à la sortie de crise la nécessité d’aider le pays à « mettre en place une politique de l’eau, rétablissant le fonctionnement des cinq lacs constituant le ‘système Faguibine’ du delta intérieur du Niger et, plus généralement, des dix-sept grands lacs du nord ». La nécessité aussi d’assurer une plus grande justice envers les Touaregs et de leur accorder une certaine autonomie dans le Nord.

Le développement du système Faguibine doit permettre d’étendre les efforts d’irrigation et de mise en place d’une agriculture moderne, menés dans cette zone par l’Office du Niger. Ce projet, démarré en 1932 avec l’ambition d’irriguer jusqu’à 950 000 ha de terre, mais sous l’emprise d’une idéologie coloniale nauséabonde, a pris son essor après les années 1970, au point qu’en 2009, on en parlait de cet Office comme du grenier à riz du Mali, et de ce pays comme de la future puissance agricole régionale !

Pour être utile aux populations, cette dynamique devra cependant être réorientée non vers un agro-business géré par des investisseurs internationaux en quête des profits rapides grâce à la mondialisation, notamment dans les cultures destinées aux agro-carburants, mais vers un développement destiné à assurer l’autosuffisance alimentaire du Mali et des autres peuples de la région.

Stopper la progression du désert

La lutte exacerbée entre Touaregs du nord et populations maliennes du sud n’est pas uniquement d’ordre ethnique. La progression du désert oblige les populations du nord à chercher leur subsistance en migrant vers le sud ; elle alimente des conflits entre éleveurs transhumants, agriculteurs, pécheurs, sédentaires et nomades. La baisse dramatique de la pluviométrie, l’avancée du désert, l’ensablement et l’évaporation des eaux ont bouleversé le paysage agropastoral, posant un sérieux problème de survie aux populations locales.

S’ajoutent à cela l’analphabétisme très répandu, le manque de qualification des élus locaux, l’effondrement des structures de l’Etat et de toute planification économique, l’absence de moyens alloués aux communes et d’équipement moderne, et la difficulté de nouer un dialogue social.

Les responsables locaux sont obligés d’agir avec des moyens dérisoires. En témoigne cette description du maire de Mbouna : « L’année dernière, on a organisé des travaux de surcreusement au niveau de Kamaïna. On était cinq communes. Un ressortissant de Mbouna a prêté deux véhicules et a pris en charge le carburant. A Mbouna, on a fait appel à des volontaires et aux familles de la commune (2500 FCfa/ famille). Certains ont donné plus : des animaux, du thé, du sucre […] On a rassemblé 200 à 300 personnes pendant cinq jours ! »

En l’absence de l’Etat, ce sont des femmes courageuses qui montent des associations pour développer le maraîchage, mettant en place des caisses de crédit villageoises qui prêtent aux associations pour améliorer leur productivité, par exemple en achetant des cordes et des poulies pour l’exhaure de l’eau.

5 – Autres projets de co-développement :

Enfin sans rentrer ici dans les détails, nous citerons simplement :

 

IV : Les objectifs du développement durable : et le nucléaire ?

Nous voulons ajouter qu’il n’y aura pas de paix dans le monde sans développement mutuel. La quasi majorité des 17 points des objectifs du développement durable, constitue une priorité absolue dans la politique des pays développés vis-à-vis de ceux qui ne le sont pas (ou pas assez). C’est même un impératif moral.

Ayant déjà émis nos réserves sur le point n° 12, je souhaite également discuter le point n°7, « Energie propre à un coût abordable », et plus généralement la conception occidentale du développement des pays pauvres concernant l’énergie nucléaire. Nous poserons la question du nucléaire de IVe génération pour le développement énergétique des pays qui le souhaitent.

Le calcul est simple : alors que la France, pour une population de 66 millions d’habitants, produit 63 gigawatts d’électricité d’origine nucléaire au moyen de 58 réacteurs, l’Afrique, elle, compte déjà 1,1 milliard d’habitants et en aura probablement 2 milliards d’ici à 50 ans – si le monde ne plonge pas dans la folie d’une énième guerre mondiale. Si un projet de chemin de fer à grande vitesse est en cours au Kenya ( voir cet article, partie 2 : http://www.sebastienperimony.fr/la-francafrique-enfin-en-declin/ ), c’est un autre espoir qui nous vient de ce pays. Ainsi se tenait récemment la semaine de contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur le programme nucléaire du Kenya.

Voici ce que déclarait Joseph Njoroge, le secrétaire kényan à l’énergie et au pétrole : « Pas de marche arrière sur cette route vers la croissance économique et la prospérité. L’électricité d’origine nucléaire fait partie du processus qui nous y amènera ! »

Le passage en revue de l’AIEA, demandé par ses pays membres et mené par une équipe de onze experts nucléaires, permettra d’évaluer les préparatifs du Kenya pour sa première centrale. C’est un soutien important pour ces nations africaines, qui ont l’intention de construire une capacité nucléaire à partir de zéro. Le Kenya a déjà envoyé des étudiants en Corée du Sud et aux États-Unis pour préparer son avenir nucléaire. Il compte pouvoir rendre opérationnelle sa première centrale nucléaire en 2023. L’équipe d’examen présentera son rapport d’évaluation en novembre. La représentante de l’AIEA, Anne Starz, a déclaré que l’agence fournirait une assistance technique et faciliterait la coopération bilatérale entre les pays africains. L’AIEA a d’ailleurs toujours encouragé les pays africains à travailler ensemble, à partager leurs ressources techniques et humaines. Ses données montrent qu’environ 620 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’ont pas accès à l’électricité. L‘Afrique du Sud, qui possède la seule centrale nucléaire opérationnelle du continent, a un rôle particulier à jouer. A noter que cette année, le Nigeria et le Maroc doivent également faire l’objet d’un examen de leur statut nucléaire par l’AIEA.

Par ailleurs, l’Égypte et la Russie viennent de signer un accord pour la construction d’une centrale nucléaire avec la technologie russe, pour la production d’électricité en Égypte. Cet accord a été préparé par le président russe Vladimir Poutine et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi en août 2015 à Moscou, lors de la troisième visite officielle du président égyptien en Russie. La Russie et l’Egypte veulent renforcer leurs relations bilatérales, qui prévoient notamment une zone de libre-échange entre les deux pays et une augmentation des exportations céréalières russes vers l‘Égypte (40 % de la demande égyptienne a été couverte l’année dernière grâce à ce programme).

Enfin, cerise sur le gâteau, l’Afrique du Sud a relancé son projet de construire de six à neuf centrales nucléaires d’ici à 2030. Même si rien n’est encore signé officiellement, ce serait également la technologie russe qui serait privilégiée, car l’Afrique du Sud veut de l’énergie rapidement. Sans oublier le potentiel hydroélectrique de l’Afrique : 300 GW, dont seulement 5 % sont aujourd’hui utilisés. Ces pays, auxquels nous pourrions également ajouter l’Éthiopie, ont déjà un pied dans le futur. 

Notre position se rapproche de celle de Mme Adeline Djeutie, ancienne responsable de la division Afrique de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), que vous pouvez entendre dans cette intervention vidéo : http://www.institutschiller.org/energie-pays-en-developpement-role-du-nucleaire.html

Pour conclure :

« La politique de développement de la France s’inscrit dans la cadre du nouvel agenda 2030 qui associe lutte contre la pauvreté et développement durable dans ses trois composantes : économique, sociale et environnementale », comme il est écrit sur le site de France-Diplomatie. La France concentre actuellement ses efforts sur seize pays mentionnés sur ce même site : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Djibouti, Comores, Ghana, Guinée, Madagascar (notre projet de développement pour Madagascar : http://www.solidariteetprogres.org/actualites-001/Madagascar-nouvelle-Route-soie.html), Mali, Mauritanie, Niger, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Tchad, Togo et Sénégal.

Nous proposerons d’y inclure :

  • la Côte d’Ivoire, car elle devra jouer un rôle très important dans le projet Africarail ;
  • le Cameroun et le Nigéria, membres de la commission du bassin du lac Tchad (CBLT), pays déterminants pour le projet Transaqua, le Nigéria venant d’ailleurs de lancer une étude de faisabilité sur ce projet. (http://www.solidariteetprogres.org/actualites-001/nigeria-transaqua-eau.html)

Quelques chiffres pour faire plaisir !

Sur le financement, vous pouvez lire cette déclaration de campagne de Jacques Cheminade sur le site : Industrialiser l’Afrique : une mission franco-chinoise !

Sur le site France-Diplomatie (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/aide-au-developpement/l-aide-publique-au-developpement-francaise-et-ses-principes/l-aide-publique-au-developpement-francaise/article/infographie-l-aide-publique-au-developpement-en-chiffres), on peut lire :

« Avec plus de 8 milliards d’euros par an (8,1 milliards en 2015), la France est le cinquième contributeur mondial d’Aide publique au développement (APD). L’Afrique est le premier bénéficiaire de l’APD française (45 %), et en particulier l’Afrique subsaharienne (41 %). »

C’est trop peu, au regard de qui sort de l’Afrique chaque année, qui se compte en dizaines de milliards. Selon un rapport publié conjointement par la Banque africaine de développement et l’ONG Global Financial Integrity, « entre 1980 et 2009, les sorties nettes de capitaux du continent africain ont atteint entre 597 et 1400 milliards de dollars (1000 milliards d’euros) », soit 33 milliards par an !

La conclusion de ce rapport est sans équivoque : « L’idée reçue a toujours été que l’Occident injecte de l’argent à l’Afrique, grâce à l’aide étrangère et aux flux de capitaux du secteur privé, sans recevoir grand chose en retour. Notre rapport inverse le raisonnement : l’Afrique est en situation de créancier net par rapport au reste du monde depuis des décennies. »

Sur le financement du co-développement, M. Cheminade a publié sur son site (http://www.cheminade2017.fr/Industrialiser-l-Afrique-une-mission-franco-chinoise) son soutien à l’initiative chinoise de création d’un fonds franco-chinois pour industrialiser l’Afrique. Même si ce fonds est pour l’instant dérisoire, nous nous engagerons à atteindre l’objectif proposé de 50 milliards, partagé entre la France, la Chine et les pays partenaires, aux termes d’accords bilatéraux ou multilatéraux en fonction des projets de co-développement.

Cordialement.

Sébastien Périmony

Responsable Coopération, Intégration et Co-développement, de la campagne de Jacques Cheminade pour l’élection présidentielle de 2017.

Source: http://www.sebastienperimony.fr/de-laide-au-developpement-au-co-developpement/